Un concert contre la maladie

Sabine Thiers répond à nos questions

L’art est un rempart contre la maladie. Il nous aide à sortir du marasme de la vie, à aimer ses petits instants et à prendre un plaisir incommensurable. Le plaisir et le partage sont deux valeurs qui se retrouveront dans le concert de l’AMAV (Association d’Aide aux Malades Atteints de V.I.H) dimanche 2 décembre salle Okeghem à 17h. Un thème unit un programme riche : l’Amour. Amour courtois ? Grand Amour ? Oubliez donc ces concepts pour vous laissez aller au grivois et burlesque, de passer du rire au fou rire. C’est dans une ambiance chaleureuse que nous rencontrons Sabine Thiers, cantatrice, et Stéphane Cognon, membre du bureau de l’AMAV.

Gounod Blaster : Peux-tu nous parler de toi ?

Sabine Thiers : Je suis une très grande chanteuse, internationalement reconnue ! [rires] Sur moi rien, je suis tourangelle, je me suis rendue compte qu’il y avait un grand milieu musical et vocal tourangeau qui est vraiment super. Sur ce concert j’ai surtout la grande chance de chanter avec Éric Martin-Bonnet, qui est vraiment un très grand chanteur, un très grand musicien et, en plus pour nous accompagner, on a piano et contrebasse et c’est fou parce qu’avoir une contrebasse ça change tout même dans du classique.

GB : C’est original piano-contrebasse, parce que ce n’est pas habituel dans le classique…

S : Non, à par éventuellement dans une formation jazz un peu réduite ou quelque chose comme ça, mais là c’est vraiment un grand plus pour la musique.

GB : Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de l’association [l’Association d’Aide aux Malades Atteints du V.I.H] et de comment tu l’as connue ?

S : Cette association je l’ai connue -bien que ça faisait longtemps que j’habitais Tours- par Stéphane [Cognon]. J’avais été sollicitée pour un ancien concert et c’est comme ça que j’ai découvert l’AMAV. J’ai répondu présente assez souvent [rires] ! Pour deux raisons : déjà servir la cause de l’AMAV car c’est toujours bien de récolter des fonds que ce soit en s’amusant c’est quand même top ! Et puis c’est vrai qu’il y a toujours une super ambiance et des supers équipes qui sont proposées et montées. Stéphane fait souvent les bonnes associations de musiciens et ça colle très bien.

GB : Tu as participé à combien de concert pour l’AMAV ?

S : Ça doit être la quatrième fois…À chaque fois c’est des équipes différentes, donc c’est aussi des rencontres, tout est neuf. Du coup j’espère que ça apporte aux gens qui suivent l’AMAV, c’est une façon de répondre présent à chaque fois.

GB : Sur ce concert, qui sont tes associés ?

S : Au piano il y aura Armelle Yème, qui était professeure de FM jusqu’à cette année au conservatoire et son compagnon Alain Auxemery qui est contrebassiste et a été pianiste dans une autre vie…il a fait beaucoup de choses !

GB : Quel est le programme de cette fois-ci ?

S : Cette fois-ci le programme…on part de l’opéra -on ne va pas faire ça de façon totalement exhaustive- jusqu’à la chanson. On commence avec Mozart parce qu’il fallait que ça reste léger quand même ! avec les Noces de Figaro. On embraille sur Offenbach avec de l’opéra-comique et puis ensuite de l’opérette qui nous mènera vers la chanson et la variété française puisqu’on terminera par du Aznavour.

GB : Il y a un répertoire que tu préfères ?

S : Ah là c’est tout ce que je préfère [rires] ! C’est-à-dire Mozart, qui est mon ultime chouchou, et puis l’opérette. En plus on a réussi à mettre des petites choses d’opérettes qui ne sont pas forcément très connues, il n’y a pas que des tubes, des choses dont les textes sont sympas et les musiques sont belles. C’est vraiment un vrai plaisir pour jouer pas que pour chanter, il y a le plaisir musical et le plaisir du texte, de la mise en scène. On ne va pas s’axer sur la mise en scène mais on faire passer des choses et raconter une vraie histoire, ce n’est pas juste l’opérette de la façon un peu restrictive dont n pourrait la concevoir, c’est-à-dire une musique bof-bof, des paroles bof-bof et des personnages bof-bof [rires].

GB : Qui a monté le programme et la mise en scène ?

S : Oui ! On s’est brainstormé un peu tous et voir ce que l’on a envie de faire, qu’est-ce qu’il était possible, qu’est-ce qui pouvait rester dans une certaine cohérence et puis au bout d’un moment il a fallu enlever certaines choses parce que ça part dans tous les sens [GB : chaque personnalité apporte quelque chose]. C’est ça, et puis une fois qu’on a fait le tri dans pleins d’idées il en est ressorti ça.

GB : Est-ce qu’il y aura quelque chose de particulier sur le concert ? Un élément qui va ressortir ?

S : C’est le thème de l’amour bien sûr, mais c’est quand même un général un amour plutôt grivois, volage, jaloux [Stéphane Cognon : obsessif].

GB : Il sera donc question des travers de l’amour, pour se moquer des grands airs lyriques d’opéra ?

S : Oui, ça sera complètement burlesque. C’est pas l’amour torturé, on n’est pas dans du Schumann ou du Heinrich Heine [rires] ! On en est bien loin : on n’est plutôt droit de cuissage et petite pépettes qui déambulent.

GB : Ce n’est pas un répertoire que l’on entend forcément… personnellement, à Tours, tu as eu affaire au conservatoire ou dans d’autres structures à ça ?

S : Non, je suis l’irréductible gauloise, par exemple pour mon DEM, j’ai présenté ce genre de pièces. [GB : Ça s’est bien passé ?] Oui ça s’est très bien passé il fallait une pièce du xxe siècle, je n’avais pas du tout envie de faire de la musique xxe donc une petite opérette fioup ! [rires]. C’est très peu donné car l’opérette est surtout donnée dans le Sud de la France, il existe encore cette tradition que nous n’avons plus du tout car c’est clairement considéré comme de la sous-musique. On a perdu la jovialité, la légèreté et l’enthousiasme du public qu’il pouvait y avoir pour ça, à part si on va chanter en maison de retraite, là en revanche ça dépote.

GB : Est-ce que tu penses qu’il faut remettre au goût du jour des gens comme Charles Lecocq [compositeur d’opérette] ? Ou de faire connaître les opérettes de compositeurs plus connus ?

S : Je pense qu’il faudrait un lieu -parce que je ne suis pas sûre que le Grand Théâtre se soit l’idéal parce qu’il s’axe sur le grand répertoire- et il faudrait aussi des interprètes parce que ce n’est pas du tout la même façon d’aborder la musique, le style, le jeu scénique que par exemple du Donizetti ou bien sûr du Puccini ou des trucs comme ça. Ce sont des conceptions différentes et je ne pense plus qu’on ait la culture de ça non plus et ce n’est certainement pas dans les études ou l’apprentissage qu’on vient à cette musique…c’est l’amour d’avoir envie de faire les fous.

GB : Est-ce que c’est grâce à des concerts comme celui-là que l’on peut faire passer l’amour de l’opérette ?

S : J’espère ! On a choisi des choses pas trop cucu la praline -c’est en général ce qu’il ressort de l’opérette- je trouve qu’on a choisi des jolis choses, avec de l’humour, où on peut se laisser happer par la musique, où on peut sortir avec un bout de musique qui reste coincé dans l’oreille parce que ça reste facilement…donc oui j’aimerai bien, j’aimerai beaucoup. Après que le public aime c’est une chose, il ne faut pas que ce soit uniquement des programmateurs de spectacles, et que ce soit porté à leur connaissance [rires] qui est une autre dimension encore.

GB : Sur l’association, pour toi est-ce important que l’art soit présent pour aider les gens ou même soit présent au sein de l’hôpital ?

S : Les initiatives sont de plus en plus présentes ! Par exemple, pour un truc totalement perso, j’ai accouchée au centre Olympe de Gouge qui est à [l’hôpital] Bretonneau, et il y a des photos partout des grandes femmes artistes qui ont jalonné le siècle dernier notamment, et le xixe. L’art est déjà présent dans ces couloirs-là. Pour les enfants qui souffrent, il y a l’association Blues Note, qui va chanter, faire de la musique polyphonique à [l’hôpital] Clocheville. Je trouve ça vraiment génial qu’on puisse servir une cause par l’art car c’est quand même des situations tristes qui sont des poids dans la vie, des grosses difficultés à surmonter, et juste respirer. [GB : d’où l’importance d’avoir un programme léger.] Disons que les Wesendonck lieder serait moins à propos [rires]. Je trouve ça vraiment bien, si on pouvait, pour toutes causes, justement aussi plombantes-parce que je n’ai pas d’autre mot- pouvoir y accéder par l’art -quel que soit la forme d’art par exemple la danse- ce serait vraiment fantastique parce qu’au moins il y aurait double vocation, pas juste « l’art pour l’art ».

GB : Tu serais prête à initier des malades à l’opérette, et en cela leur permettre une forme de catharsis ?

S : C’est totalement thérapeutique la musique. Totalement, quelle que soit la façon dont on la fasse, quelles que soient ses écoutes, que ce soit de la variété…du moment que ça fait du bien ! Un cours de chant. Je donne des cours souvent à des publics très différents. J’ai des gens qui viennent pour un objectif, j’ai une élève qui doit chanter la Passion selon Saint-Jean de Bach dans un mois et demi, il faut que ça soit prêt, carré. À côté de ça j’ai une dame qui vient juste parce que ça lui fait tellement plaisir, parce qu’elle se permet de faire des choses et d’être elle-même beaucoup plus loin que de ce qu’elle se permet dans la vie. De prendre de la place parce que « olàlà le son que je fais il est super fort, mais si je dérangeais quelqu’un ! ». Bha oui mais ici on est là pour aller au bout de soi. Je pense que lorsqu’on est malade, ou atteind par quelque chose de grave, on a tendance à se replier sur soi, à se perdre, à se décentrer et se dire « whoa, je suis capable de choses, je suis capable de faire ça », il y a cette dimension : « je vaut encore quelque chose, il y a un sens ». Donc oui, la musique qu’elle soit dans un cadre musicothérapeutique ou juste pour soi c’est le pied.

GB : Je vais rebondir sur Olympe de Gouge, avec les photos de grandes dames, quelle vision de la femme : libérée ou réductrice ?

S : L’image de la femme dans l’opérette…je pense qu’il ne vaut mieux pas se poser la question tellement l’image est dégradante [rires]. L’image de l’homme est aussi très dégradante parce que, dans l’heure du partage des tâches, de la fin de la charge mentale pour la femme, etc… L’opérette c’est quand même en général le macho de base, qui roule des mécaniques ou qui essaye de séduire la pépette -enfin en générale la pépette est pas très finaude non plus- c’est musique n’est pas du tout faite pour une étude sociologique ou une évolution des mœurs [rires] ! Elle est juste faite pour s’amuser. Ce serait un grand dommage que des gens s’opposent à ça sous prétexte d’un combat quelconque, quel que soit le combat. Je veux bien entendre qu’il faut faire évoluer les choses mais ce n’est pas parce qu’on aime l’opérette ou la musique légère avec des mœurs légères qu’à côté de sa on n’aura pas de valeur et qu’on ne pourra pas les défendre.

GB : Tu penses qu’il faut remettre la musique dans son contexte historique ?

S : Bien sûr ! L’extrait de Mozart que nous allons faire [des Noces de Figaro], là où Suzanne, la petite femme de chambre, explique à son mari que le Comte, donc leur maître, leur a donné cette grande chambre pour profiter plus aisément du droit de cuissage qu’il souhaite réinstaurer. Ici avec Suzanne avant qu’elle ne se marie parce que bon la virginité c’est quand même sympa à prendre. Si tout de suite on se met dans la tête « olàlà l’image de la femme est totalement dégradée, regardez ce que l’homme fait ! » on va crier haro mais on ne peut pas arrêter de jouer Mozart.

GB : En même temps, comme pour les opérettes, l’homme et ici Almaviva est complètement décrédibilisé.

S : Complètement ! Certains esprits jusqu’au-boutistes pourraient s’emparer de cela. En revanche, on a la chance d’avoir des metteurs en scènes aujourd’hui qui arrivent à transposer les opéras du xviiie siècle, ou d’autres siècles d’ailleurs, dans un contexte très contemporain, où l’on peut retrouver la satire traitée d’une façon différente et donner des armes à des personnages, des armes contemporaines. Avec un trait de caractère qui s’encre dans notre société avec nos problématiques, et en cela je trouve que les metteurs en scènes sont très bons et œuvrent pour l’évolution des mentalités.

GB : Veux-tu ajouter d’autres précisions sur le concert ?

S : C’est juste un concert magnifique, absolument drôle où l’on rit tout le temps, plein d’amour, de fraîcheur car on s’amuse tellement entre nous…j’espère qu’on arrivera à transmettre ça ! Et puis l’AMAV a besoin d’un public nombreux et généreux.

GB : Concernant le public, faut-il renouveler celui de l’opérette avec des plus jeunes ?

S : Oui, faire venir plus de jeunes par le bouche à oreille…cependant les concert de l’AMAV proposent des programmes différents avec des équipes différentes, mais vraiment très différents. En tous les cas, ça n’enferme pas un type de public. Si les gens on la curiosité de s’informer via les journaux, la radio ou en voyant une affiche et de se dire « tiens, pourquoi pas y aller ! ». À chaque fois c’est complètement différent, donc tous les publics peuvent être mobilisés !

GB : De plus, c’est également une sensibilisation à la cause.

S : Oui, ce n’est pas juste comme faire un chèque dans le vide. On vient, on s’offre un moment de plaisir et on permet à d’autres d’accéder à des nécessités, des besoins premiers. C’est une satisfaction pour ça d’aller à ce concert. [GB : D’y participer aussi ?] Oui, de servir la cause par ses modestes moyens.

Stéphane Cognon : Il y a une notion de partage importante et qui fait que les artistes offrent leur spectacle. C’est du temps, c’est leur talent et c’est un geste d’amour tout simplement.

S : Ce n’est pas parce que on va faire ça bénévolement que ça sera moins bien fait qu’un concert plus traditionnel…franchement on y passe beaucoup de temps [rires] ! Mais avec très grand plaisir.

Concert de l’AMAV
Dimanche 02 décembre à 17h.
Salle Okeghem
Tarifs : 8€ pour les étudiants – 15€ pour tous.
Publié le : 21/11/2018 à 21:38
Mise à jour : 01/06/2019 à 18:42
Auteur : Léo Sanlaville
Catégorie : Interviews

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