Motocultor Festival 2019

Grosse boue et gros son

Le mercredi 14 août, le Motocultor, festival de metal situé dans les prairies de Saint-Nolff, ouvrait ses portes. Cette année était la première édition sur 4 jours, le 1er jour étant consacré au pagan, folk et à l’univers fantastique. Cette journée ne nous intéressait pas assez pour prendre le pass 4 jours, celui de 3 jours nous permettait de voir déjà beaucoup de groupes très qualitatifs.

Mercredi, fin d’après-midi

Nous arrivons tant bien que mal dans une boue grasse et épaisse, aussi impraticable pour notre véhicule que pour nous-mêmes, armés d’un caddie qui s’enfonce dans le sol mou sous le poids de moult vivres et d’affaires de première nécessité. Une longue file d’attente se présente alors devant nous, décourageante au premier abord, mais propice à la rencontre de ceux qui seraient nos voisins durant presque 5 jours. Les gens s’esclaffent, boivent, mangent pour tuer le temps alors que la lumière du soleil s’estompe lentement derrière les nuages gris de la Bretagne. Une bonne heure passée, ça y est, nous sommes à l’entrée ! La fouille habituelle des bagages nous est imposée, après quoi nous pouvons enfin planter les tentes, y installer les couchages, et partir en balade dans le camping à la recherche de compères de beuverie. C’est sans mal que nous festoyons dans l’obscurité, nous adonnant également à l’activité phare du camping, la Joute de Poubelles :

1- Procurez-vous au moins deux containers à poubelles, idéalement de grands modèles à quatre roues
2- Trouvez une douzaine de camarades de jeu, si possible n’ayant point peur d’être blessés (fournissez des casques dans le cas contraire)
3- Scindez votre groupe en deux équipes de six
4- Au sein des deux équipes, il faudra nommer deux pilotes (ils seront à bord des containers) et quatre pousseurs (ils pousseront les containers, comme leur nom le laisse suggérer)
5- Les équipes s’espacent d’une distance comprise entre 10 et 20m
6- A votre signal, les pousseurs doivent propulser leur container dans la direction des adversaires
7- Au moment du choc, les pousseurs doivent lâcher le container. Si un container se renverse, l’équipe ayant réussi à garder le sien debout emporte la manche !
8- Dans le cas contraire, les pilotes sont autorisés, sans sortir du container, à faire de leur possible pour renverser leurs homologues, sans utiliser de coups bien-sûr.
9- L’équipe dont les pilotes sont toujours debout dans leur container est déclarée vainqueure !

Mais il nous fallait également dormir durant cette première nuit, sans quoi nous n’aurions pas pu profiter du festival, qui ne faisait que commencer.

Jeudi

Le réveil est dur, les douches sont brûlantes, mais le temps est sec, ce qui suffit à nous égayer. Nous nous procurons rapidement du café et un petit déjeuner pour combler notre faim et pour ne point défaillir à la première bière bue. Nous faisons plus ample connaissance avec les campeurs de notre entourage, l’obscurité de la nuit ayant rendu cette opération complexe.
Après un apéritif, nous entamons une marche vers le bourg du village adjacent, où se trouve une pizzeria relativement abordable. Le repas terminé, nous retournons lentement au camping, la nourriture pesant sur nos estomacs. L’après-midi se passe sans encombre, et nous nous reposons, afin d’être prêts pour la première soirée animée du festival. Ce soir-là, nous avons droit à quelques groupes amateurs venus jouer sur la petite scène dans le camping. La soirée se clôture par un DJ set du « Macumba », un groupe d’amis s’amusant à diffuser de la musique très kitsch, datant des années 80 en grande majorité, et ce au sein des campings de plusieurs festivals. C’est un pari réussi, la foule entonnait les refrains les uns après les autres, le tout avec une énergie et une alcoolémie débordantes, dans tous les sens du terme (si j’ose dire).

Vendredi

Le réveil est dur, les douches sont glacées et le temps est humide, mais « vendredi » signifie : « début des concerts » (des vrais), ce qui suffit à nous égayAu-Dessus au Motocultor 2019er. Avant d’entamer cette journée, nous faisons notre habituelle marche vers la pizzeria de Saint-Nolff. Nous ne tardons pas pour pouvoir assister au premier concert qui nous intéressait, histoire de commencer avec finesse : Extermination Dismemberment. Bass bomb par ci, gros blast par-là et descentes d’organes en cascade.
Après une petite pause pour nous ravitailler en Picon bière, nous voilà partis pour une de mes plus grosses attentes : Au-Dessus. Originaire de Lituanie, le groupe nous offre des sonorités post-black metal au caractère progressif. Sur album, leurs morceaux ne finissent jamais de me transporter, je n’en attendais pas moins devant leur prestation, si ce n’est plus encore. Eh bien, elle est arrivée très vite, c’est ma grosse claque musicale de cette édition.
Après quelques heures passées à gambader entre concerts et camping, nous nous retrouvons sous une inévitable pluie bretonne lors de la tombée de la nuit. Les sols absorbent rapidement l’humidité, l’herbe disparaît et fait place à la boue. Nous nous Watain au Motocultor 2019rendons avec peine devant la Supositor Stage, seule scène découverte, pour le concert de Gaahls Wyrd, projet solo du fameux Gaahl. La pluie donne une toute autre dimension à la prestation du groupe, le personnage du leader est plus que crédible. Cependant, les techniciens du festival n’étaient visiblement pas parés pour les circonstances. Les lumières s’éteignent, on entend des «pocs», la façade rend l’âme, le groupe joue en acoustique. Les musiciens s’arrêtent, Gaahl reste immobile et scrute le public avec un regard des plus noirs. Les techniciens plateau s’activent, bâchent les amplis, on patiente, le chanteur est toujours immobile. La musique repart… pour quelques instants. Malgré les efforts « techniques », le concert est terminé et le groupe quitte la scène avec quelque froideur. Nous allons nous mettre au sec le temps d’un concert puis nous retournons dans l’humidité pour les flammes de Watain. La scène est monumentale mais elle reste dans la pénombre. Les problèmes techniques ne sont pas tout à fait réglés. Le concert commence 20 minutes en retard mais le groupe arrive et nous fait oublier l’attente. Le leader commence à enflammer la scène, chaque morceau nous vaut un nouveau brasier. Le feu résiste, non sans mal, aux intempéries qui rendent le tout dramatique. Le concert se déroule comme prévu : une prestation efficace et très satisfaisante.

Samedi

Réveil sous la pluie. La boue fait désormais partie intégrante du décor. Les festivaliers en sont recouverts devant le concert de Gronibard, groupe aussi subtil et de bon goût que son nom laisse à présager. De fait, le public s’adonne à une violente bataille de boue qui laissera des séquelles à la scène et au matériel durant le reste du festival. Les sujets des chansons tournent toujours autour des mêmes sujets : le sexe, le mauvais goût et le sexe de mauvais goût. Les musiciens sont affublés de costumes burlesques et ridicules, comme par exemple Blanche-neige ou un combattant de Lucha Libre. Vous pouvez, vous-mêmes, vous rendre compte de l’étendue des dégâts sur la chaîne YouTube de Maxwell.
Durant le reste de la journée, nous allons voir Harakiri for the Sky, Anaal Nathrakh, tantôt séduis, tantôt déçus par la qualité du son, notamment. Nous allons également voir Decapitated, le public est à nouveau très investi, le set du groupe est d’une grande violence qui le rend mémorable. La nuit tombe, nous nous rendons devant Mgla, encore et toujours, sous la pluie. Le concert est beau et planant, les lumières et le son sont de grande qualité, on y est bien. Nous finissons la journée sur le concert de Marduk, un concert efficace et d’une certaine brutalité qui sait satisfaire le public.
Tout comme la soirée de la veille, celle du samedi fut calme à cause de la pluie, la dernière avant la cuite finale.

Decapitated au Motocultor 2019

Rafał « Rasta » Piotrowski, chanteur de Decapitated

Mgla au Motocultor 2019

La Supositor Stage sous les lumières de Mgla

Dimanche

Pensées Nocturnes au Motocultor 2019Nous nous levons sous le soleil, nous sommes contents. Pas de grande attente musicale en ce jour mais des groupes de qualité, tout de même. Nous entamons ce dernier jour avec Hate, une bonne prestation, mais le soleil et l’heure de leur passage détériorent nettement l’ambiance créée par le groupe.
Nous enchaînons avec Pensées Nocturnes, du label Les Acteurs de l’Ombre cher à mon coeur, qui nous offre une superbe mise en scène burlesque et plutôt malsaine. Après une pause au camping, nous retournons sur le site sans réel but. Nous assistons au désastre que crée Henri Dès accompagné par le groupe de son fils. Un peu plus tard, je cours vers Primordial. C’est après ce magnifique set que la journée se termine peu à peu avant de rentrer sur le camping. Et là… le Macumba, bien que démonté, continue avec des enceintes pourries dans un coin du camping, c’est la grande débauche, une nuit dont nous ne garderons que peu de souvenirs, et qui était pourtant mémorable.

Lundi

Le lendemain est plus dur que jamais, il faut plier les gaules, et la motivation qui nous animait tout au long du festival s’est envolée, ne laissant qu’une amère impression : c’est terminé. Il est temps de prendre la route, fatigués, malades de la veille pour certains. Mais ce n’est pas un adieu, ce festival est, pour nous, devenu un pèlerinage, et nous ne manquerons pas de revenir fouler ces prairies bretonnes l’année prochaine, afin de se remplir la tête de son et de souvenirs (flous).

Publié le : 15/10/2019 à 11:26
Mise à jour : 17/10/2019 à 12:02
Auteur : Zao Grouteau et Nina Carré
Catégorie : Reportage

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