"The Sisters Brothers"

Un western d'un nouveau genre

Ciel noir sur fond noir. Les étoiles du ciel de Californie ne suffisent pas pour permettre au spectateur de discerner correctement la fusillade qui se joue devant lui. Seuls des éclats de balles éclairent cette scène d'ouverture qui nous plonge dans un déchainement de violence. Les "Sisters Borthers" comptent les morts, inutiles apparement, et plus nombreux que prévus, mais c'est pas grave, ils en rigolent. Enfin, une trace d'humanité, éveillée chez Elie par la vision d'horreur d'une grange remplie de chevaux en feu.

Ainsi s'ouvre le dernier film de Jacques Audiard, consacré en 2015 à Cannes avec "Un Prophète". Ce réalisateur a déjà montré dans sa filmographie qu'il aimait travailler de nouveaux genres, et c'est avec brio qu'il réussi l'exercice du western à l'américaine. Ce film est en fait l'adaptation d'un roman du canadien Patrick deWitt, publié en 2011, dont les droits ont immédiatement été achetés par la société de production de John C. Reilly. Ce dernier joue par ailleurs Eli Sisters, aux coté de Joaquin Phoenix, qui n'a plus besoin de prouver qu'il est capable de tout jouer, mais qui continue de nous émerveiller de son talent hors-normes. 

L'histoire est celle de deux frères, Eli et Charlie Sisters, tueurs à gage au service du Commodore de Californie, en 1850, en pleine ruée vers l'or. Au coeur d'une civilisation aussi sauvage et impitoyable que la merveilleuse nature dans laquelle elle se développe; ils partent à la recherche d'un dénommé Warm, qu'un détective, Morris (lui aussi missionné par le Commodore) vient de retrouver sur la route de San Francisco. Beaucoup de questions surgissent des le début du film : pourquoi est ce Charlie, qui est pourtant le cadet, le chef de la fratrie; et d'ou vient son instabilité ? De quoi Warm est-il coupable ? 

Grace à une maitrise de toute la technique du langage cinématographique et un quatuor d'acteurs remarquables, Audiard réalise un western qui va bien au-delà d'un simple film d'action. Les protagonistes, perdus au milieu de la violence folle du Far West, sont aussi au coeur d'une époque durant laquelle les américains se sont posé énormément de questions sur leur avenir et la construction de leur société. Découverte de nouvelles villes qui poussent à une vitesse folle, nouvelles inventions, rêve d'une société utopique, tout y est. De plus, les deux tandems, (Sisters Borthers / Warm-Morris) élargissent la réflexion sur la fraternité. Celle qu'on choisi ou pas; le mélange d'amour et de haine qu'elle représente; et surtout la façon dont dont l'autre nous aide à mieux nous connaître et à évoluer. 

Il ne faudrait pas oublier de rendre hommage à l'incroyable talent de Alexandre Desplats, qui signe la musique originale du film. Encore une fois, le compositeur modèle son idiome musical en s'imprégnant du cadre spatio-temporel de l'histoire d'une façon tout à fait originale. De la même façon que le film repousse les limites de son genre, la musique quant à elle reste loin des flamboyants cuivres de Morricone, dans une sorte de jazz oppressant. Et puis, juste quand on croit que la photographie du film ne pouvait pas plus sublimer les paysages américains, ni exalter notre envie de liberté, il y a Alexandre Desplats. 

Vous n'avez pas compris ? Chevauchez-y ! 

 

Publié le : 30/09/2018 à 15:48
Mise à jour : 01/06/2019 à 17:38
Auteur : Elisa CONSTABLE
Catégorie : La musique et les autres arts

Nos suggestions
Après cet article
Voir tous les articles